samedi 6 mars 2010

André et moi




J'ai rencontré André Dussolier dans l'ascenseur.
Enfin, son fils sûrement.
Ca m'a tellement étonnée sur le coup, que je l'ai regardé et j'ai failli lui dire bonjour !
"bonjour André !" que je lui aurais dit bêtement.
Et lui il m'aurait dit "vous faites erreur" et moi j'aurais répondu "si ça n'est lui c'est donc son fils !".
Et c'est comme ça qu'on ne se serait pas compris, André Dussolier et moi. Enfin son fils.

L'immeuble de l'ascenseur d'André Dussolier a 20 étages.
Ce qui n'est pas si haut quand on pense à Dubaï.
Même si je ne pense pas si souvent que ça à Dubaï.
Pour entrer, soit il faut montrer une pièce d'identité aux hôtesses de derrière le comptoir, soit il faut posséder une carte d'initié.
Moi j'ai une carte d'initiée. Je la passe dans les portiques où il n'y a pas marqué visiteurs. Et les portiques s'ouvrent et après, je me dirige tout droit vers le bon coté des ascenseurs. Pour les étages de 1 à 10, c'est à gauche, pour les autres, à droite.
Je vais à gauche parce que je vais au 5e étage.
Mais un jour, j'irai à droite, pour voir s'il y a un treizième étage. Je suis comme ça moi, aventureuse et exploratrice.
J'ai la clef du local, celle qui ouvre la première des trois portes.
La vue donne sur la Seine, quai de Javel.
Une fois installée dans le local, je range dans mon sac, toujours dans la même poche extérieure, pour ne pas chercher partout après, la clef, puis la carte d'initié. A coté de la carte de la cantine, qui est au rez de chaussée, à l'étage d'en dessous de la sortie si bien que c'est en fait un rez de jardin. C'est mieux pour la luminosité naturelle.

A mon bureau d'origine aussi il y a toutes sortes de badges.
Il faut un badge pour ouvrir la petite porte sur le coté par où on rentre quand le public ne peut pas rentrer par la grande porte et donc nous non plus.
Il faut un badge pour faire biper la pointeuse.
Et puis depuis peu, on va changer les petites imprimantes pour les remplacer par des gros copieurs imprimantes, un seul par étage.
Si bien qu'on a soulevé des problèmes de confidentialité, forcément.
Pour retirer vos photocopies commandées depuis votre poste, vous aurez un badge, que l'on nous a dit. Comme ça, le copieur ne donne pas à n'importe qui vos photocopies. Et puis ça permet de contrôler la consommation de papier.
Quand on commence à vous dire que l'on veut contrôler la consommation, ça veut dire qu'il faut arrêter de consommer. Ils espèrent aussi un peu qu'on ne va pas se lever pour aller avec son badge, chercher juste une photocopie, à l'autre bout du couloir, et que l'on va donc hésiter à quitter son poste. Et ne plus demander de photocopie pour un oui ou pour un non. C'est vrai ça, qu'ils nous disent, il y a des gens qui ne savent pas se contenter de lire sur écran, il faut qu'ils impriment absolument. Inutilement. Là, ils y réfléchiront à deux fois.
C'est le Siège qui a décidé ça, maintenant qu'on a un Siège comme dans les grandes entreprises.
Et depuis le 1ier janvier, je travaille dans une Unité Territoriale.
Au début, ils n'avaient pas beaucoup réfléchi au Siège - ils étaient trop occupés à y trouver des sièges - et ils avaient nommés les anciens directeurs de direction départementale, Responsable. Mais ça faisait Responsable d'Unité Territoriale et donc les Directeurs, qui tiennent à leur dignité, ont refusé d'être en RUT tout le temps.
Maintenant, ils sont Chef, ça fait CUT, c'est plus digne.
Du Siège, un collègue a pris de la promotion et a été affecté dans mon UT, sur un poste de responsable des Services Généraux.
J'aime beaucoup ce collègue parce qu'il a un regard rieur derrière ses lunettes, une grosse moustache qui tremble à peine quand il raconte des trucs totalement ironiques.
Pour commencer ses fonctions, il est passé dans les bureaux pour voir où on peut installer les gros photocopieurs envoyés du Siège.
Il y a quelques mois, j'avais commencé une campagne sur cette opération, qui prévoyait une seule machine par étage. Peu à peu, c'est passé à deux machines.
Le collègue me dit, non mais là, au cinquième étage - mon bureau est au 5e étage derrière l'ascenseur - on va mettre trois photocopieurs.
J'ai un doute : ne chercherait on pas à museler mon expression revendicative avec un photocopieur, fut il couleurs ?
Le collègue m'explique l'histoire des badges pour faire sortir la photocopie.
Je le regarde et je lui dis mais dans quel monde on vit, tu te rends compte, il faut un badge pour entrer dans l'immeuble, un autre pour pointer et là, un troisième pour avoir une misérable photocopie - fut elle couleurs !
Sa moustache tremble un chouïa, puis ses yeux s'allument.
Ah si ça n'est pas le même badge pour entrer que pour pointer, c'est pas normal, qu'il me répond rieur.

Je me penche illico sur une stratégie de lutte contre les badges.

A part ça, la vie est belle.

10 commentaires:

Nicolas a dit…

Balmeyer et moi avions fait des billets sur les badgets (il y a peut-être plus de 2 ans). On pourrait en faire en série !

mtislav a dit…

C'est un petit peu absurde tout ça. Et André, ça va ?

Audine a dit…

Ah bon, absurde tu trouves ?

André (ou plutôt son fils) est sorti de l'ascenseur au 4e étage et je ne l'ai plus revu.

Audine a dit…

Nicolas : trop en avance sur ton temps, tu es.
Ou moins en retard.

Audine a dit…

(pffffff et personne ne me dit qu'il fallait corriger tous les ascenSeurs !)

balmeyer a dit…

C'est blaireau. Enfin, je dis ça parce que comment qu'on dit blaireau en anglais ? badger.

Et comment on dit badger en anglais ? Après une recherche, je découvre qu'on dirait "to swipe" : "If you swipe a credit card or swipe card through a machine, you pass it through a narrow space in the machine so that the machine can read information on the card's magnetic strip."

Mon prochain chien, je l'appellerai Swipy, en hommage à toi.

Didier Goux a dit…

Les gros copieurs à badges, "ils" nous les ont installés il y a environ six mois. Depuis, c'est un bordel sans nom pour imprimer. Résultat, ils les ont passés en mode "off" et les badges tout neufs sont devenus obsolètes.

En revanche, on a un avantage sur vous : les sous pour la cantine sont DANS le badge qui sert à faire tourniquer les tourniquets.

Et on n'a pas de pointeuse.

Dorham a dit…

Moi, je travaille encore dans les années 70. La moquette est à chier et les copieurs sont libre service. On imprime à tout va, rien à foutre de la déforestation tout ça et on a des petites corbeilles de merde pour faire recycler notre papier... La moyenne d'âge frôle celui de Didier Goux, ça fait flipper :)

soleildebrousse a dit…

pfft....nous on n'A PAS de photocopieurs... on n'a pas de lumière, on n'a pas d'eau et on n'a pas de toilettes rien que pour nous. A moins qu'on accepte de se rendre dans celle de l'administration, dont la porte jouxte celle du Big Chief qui a une fâcheuse tendance à la laisser ouverte (la porte, pas sa bouche ni sa fermeture éclair..) et en plus, il faut passer devant la secrétaire de direction qui sait combien de fois tu as besoin de te rendre par jour aux toilettes...
Sympa ton post, Audine... c'est gai.

Audine a dit…

Balmeyer : oh merci, c'est trop touchant !! surtout que Swipy, c'est mieux pour un chien que pour un dauphin. En plus, on a moins l'occasion d'avoir des dauphins.

Didier : ben oui, c'est le problème de ces grosses machines aussi, c'est fragiles ...
Pour la cantine, on a une carte, mais moi, la dame de la caisse, comme ma carte elle doit être démagnétisée, elle a retenu mon numéro de carte par coeur.
Et elle veut toujours me refiler 2 SUCRES pour les fraises.

Dorham : heuuuuuuu ... Ouais ça fait flipper ! D'un autre coté, les retraites, c'est l'avenir ...
heu en fait non, essaie de changer de boulot !! parce que quand j'y pense, la moquette, c'est carrément inacceptable !

Soleil : mais ça va pas du tout ça, pas de toilettes !!


Je vois que les billets sur les conditions de travail ont du succès ...
Je réitérerai !!