mercredi 4 mai 2011

Mais qu'est ce que ce monde là

Le secrétaire national de mon syndicat, Luc, s'est jeté du 5e étage, dans l'escalier de l'immeuble du Ministère du Travail, quai de Javel.

Je connaissais Luc et militais à ses cotés depuis plus de 20 ans.
Lui, quelques autres et moi, nous avions monté le syndicat CFDT ministère du travail en Ile de France.
Lui, beaucoup d'autres, et moi, nous avions quitté la CFDT suite à sa trahison sur les retraites.
Lui et quelques autres ont créé ce syndicat affilié à la FSU et que j'ai rejoint.

Les 20 et 21 avril, à Javel, j'ai mangé avec Luc et d'autres camarades dans un restaurant thaïlandais. Lors de ces deux jours, j'ai classé avec lui des dossiers syndicaux, parlé d'une victoire juridique devant le Conseil d’État, élaboré des stratégies en vue de futures élections professionnelles. Nous avons aussi débattu du port du voile - nous n'étions pas tout à fait d'accord.
Ce midi, il avait rendez-vous pour déjeuner avec sa femme, une collègue que je connais aussi depuis plus de 20 ans.
Elle est arrivée juste après les pompiers.

Nous sommes terrassés.

Je reviendrai sur ce geste d'une violence inouïe.

Ce que je voulais juste vous dire, c'est que jamais je ne laisserai dire que son suicide est du à "des problèmes personnels".

5 commentaires:

mtislav a dit…

Inimaginable. Je suis désolé pour toi.

Nicolas a dit…

De tout coeur avec toi, tous les proches et la famille.

Dorham a dit…

"Ce que je voulais juste vous dire, c'est que jamais je ne laisserai dire que son suicide est du à "des problèmes personnels"."

Cette phrase résonne. On vit dans une époque de cynisme absolu. J'ai bondi l'autre jour quand j'ai entendu certains responsables de F. Telecom s'interroger sur les raisons du suicide de cet homme qui s'est immolé par le feu. Difficile d'imaginer la violence qu'ont ressenti ces hommes et ces femmes pour en arriver là. Il ne faut jamais minimiser ce qu'ils ont pu ressentir.

Je t'embrasse tendrement et pense à toi.

Marie-Georges Profonde a dit…

Ta dernière réflexion pointe précisément l'ignominie du système, dont les partisans s'ingénient à désigner les travailleurs comme des gens "fragiles", comme s'il existait une nature apte à se faire exploiter et mourir prématurément en toute sérénité. Côté monde du travail, la liste des morts ne cesse de s'allonger sous la responsabilité des puissants et dans une euphémisation médiatique qui me laisse pantoise. J'ai appris ce décès par des camarades qui travaillent dans la même branche que toi. J'ignorais que tu le connaissais personnellement. Mes pensées vont à sa famille et à toi qui ne traverse décidément pas une période sereine. Je suis à tes côtés dans cette lutte contre le broyage des vies humaines par nos si-généreux-et-indispensables-à-la-croissance donateurs d'emploi...

Suzanne a dit…

Condoléances tardives, et tenez bon...