mercredi 3 février 2010

Tu m'vois, tu m'vois pas



Dans le TGV Paris Gare de Lyon - Montpellier, je ne l'avais pas vu tout de suite, mais il y avait ce collègue, que je voulais éviter.
Un mètre quatre vingt quinze et un quintal bien tassé, rouge, tonitruant tendance Frêche, de l'accent à faire murir les olives, pas du tout mon genre, si vous voyez le truc.

J'étais tout au fond, face à des bobos montpelliérains dans la culture, qui m'ont emprunté mon Canard Enchaîné, puis lui, il a lu Badiou. Dans le carré d'à coté, il y avait une fille blonde et assez jolie, mais déjà usée, on ne sait pas trop bien par quoi.
Un type est arrivé, il avait un blouson par dessus un sweat blousant, brun suant, une bière à la main, des tas de sacs, l'air exténué.
Il a commencé à draguer la blonde en entrant dans son espace vital, puis il s'est mis à téléphoner, pour annoncer en annonant l'état de son trajet, qui n'a fait qu'empirer à Valence où l'on s'est pris une demie heure de retard pour cause de porte qui ne fermait pas.
Au bout d'un moment, le type s'est énervé dans son téléphone, j'ai plus de batterie bordel et y a pas de réseau, et puis il a jeté par terre son téléphone pour le punir de ne pas fonctionner. Il l'a ramassé façon Zidane, quasi, en le soulevant du pied. Puis il s'est remis à indiquer son trajet en braillant et en éructant des injures en arabe. Puis il a prononcé dans le téléphone ces mots "j'arrive Bibiche mais le train il a une demie heure de retard, j'y peux rien, mais j'arrive Bibiche, il y a une demie heure de plus, c'est pas ta faute, c'est pas ma faute c'est comme ça", et moi, j'ai du cacher mon fou rire dans mon écharpe et les bobos d'en face aussi.
La blonde avait franchement des regards de détresse, ça devait sentir les bières qu'il avalait l'une après l'autre, moi je ne sais pas, je n'ai presque pas d'odorat.

A l'arrivée, avec ma valise et ma sacoche lourde du dossier de formation sur l'Acte Administratif Unilatéral à destination des contrôleurs débutants, je suis passée à 20 cm du collègue, sous son nez, et lui ne m'a pas vue. Après, le long du quai, il est passé tout à coté de moi, et pareil, il ne m'a pas vue.
Ca m'a rappelé une fois, où je travaillais sur un dossier de grève occupationnelle directement avec le juge saisi pour l'expulsion, et il m'avait nommée médiateur. Mon directeur était furieux que je lui échappe et rouspétait auprès de mes collègues, ça n'était pas normal que je ne donne pas de nouvelle et patati et patata.
J'étais attablée au restaurant, c'était chez Tarte Julie, et je vois arriver le directeur avec le collègue ami qui m'avait rapporté son agacement. Chut je lui fais, d'un index sur la bouche, il me fait un clin d'œil, et ils passent tous les deux, le long de ma table, et jamais le directeur ne l'a su.

Parfois, ça n'arrange pas de ne pas être vue.
Par exemple, il est possible que je ne continue pas de faire de la formation des bébés inspecteurs. L'école leur prête à tous un ordinateur portable, et les interventions se font devant une forêt d'écrans dressés, c'est très désagréable.

Bon en tout cas, il y en a un qui m'a bien vue, lui.
Et je n'ai pas l'intention qu'il me perde de vue.
Même si ça me fait perdre un peu la tête.


10 commentaires:

Dorham a dit…

Ah bon, ouaouh !
Bon, j'évite de donner cette adresse à M. parce que sinon, elle va t'envoyer un mail pelin de mille questions...

Chouette nouvelle maison et content, non, heureux de te retrouver. Même si je ne t'aurais pas vraiment perdu...

Nicolas a dit…

Ah ! La revoila !

Suzanne a dit…

Allons bon, voilà qu'Audine perd la tête...

Ah, purée, skecéchiant, le téléphone dans le train...

Soleildebrousse a dit…

On a le droit de dire un gros mot ? Putain, je me sens mal... j'ai dû rater un sacré gros épisode dans la vie virtuelle parce que je ne me suis même jamais posé la question de ton silence.
Alors, comme on fait chez nous ici, je te prends dans mes bras si tu veux et je te passe par le contact plein de bonnes choses.
Joyeux retour et belles échappées belles.

Audine a dit…

Dorham : ben nan, bien sûr qu'on ne se perd pas !

Nicolas : faut dire, je n'étais pas bien loin loin ...

Suzanne : oui !!

Soleildebrousse : mais non, t'inquiète ça va super !
Contente aussi de te "retrouver" !

lucia mel a dit…

dis, tu y crois toi à l'amour ? moi aussi, mais il m'a bien déçue... je te souhaite qu'il t'ait bien reconnue.

beabab a dit…

Cette p'tite nouvelle est un régal, une fois de plus !

Quant à la grande, quelle élégante pirouette sans m'as-tu-vu :-)

Quel plaisir de te retrouver écrire

Audine a dit…

Lucia : ben oui, j'y crois, même si je crois qu'à long terme, il s'effrite.
Sinon, oui, heureusement qu'il y a l'amour !
Merci pour ton souhait !

Beabab : et pour moi, quel plaisir de te savoir encore dans le coin !

balmeyer a dit…

J'imagine juste l'exaspération de voir une assemblée avec des ordinateurs portables dressés, comme des primates devant des petits monolithes.

Audine a dit…

Je ne suis pas la seule formatrice à m'en être plaint : j'espère que cela va décider la direction de Notre Grande Ecole Nationale à ne pas distribuer les portables pour servir pendant les formations.
C'est effectivement cette impression de formatage total qui provoque le plus grand malaise.
(tous derrière des écrans, à chaque minute de notre vie)